L’Eglise une : vers une Babel théologique ou une Pentecôte évangélique ?

(texte adapté d’une intervention orale de Jacques Nussbaumer, lors d’une rencontre de la CSR élargie)

Certains se disent peut-être que le thème de “l’Eglise une” que nous développons de façons diverses pourrait bien ressembler à une sorte de tour de Babel théologique, une entreprise humaine qui viserait une grande tour où tout le monde parlerait le même langage…

Voici brièvement quelques éléments qui peuvent nous aider à rester du côté de la Pentecôte, animée par l’Esprit où tous les langages ne sont pas uniformes mais où l’on apprend à se comprendre autour de l’Évangile…

Pour réfléchir,

  • à la fois concrètement et à long terme,
  • aux relations et aux types de liens qui peuvent s’établir entre églises locales,
  • visant l’idéal de l’unité sans uniformisation
  • et la diversité sans division,

je prendrai un élément de notre univers commun pour en montrer la trajectoire et en tirer quelques questions…Comme vous le savez peut-être, le CNEF organise maintenant chaque année les « 24h des unions ».
Ce sont des journées où les membres du CNEF viennent discuter d’un sujet, comme par exemple récemment    « les ministères ». Je n’ai longtemps pas prêté attention à cela, mais aujourd’hui, on parle des CAEF, ou de l’Association Baptiste, de Perspective, ou encore des ADD comme des « unions d’Eglises ». Mais, il y a 30 ou 40 ans, cela aurait peut-être fait tiquer nombre de pasteurs d’entendre parler ainsi de leur mouvement d’églises ou de leur dénomination…

Si l’usage fait que les termes perdent parfois de leur substance initiale, pendant un temps, il ne fallait pas confondre une « association d’églises » (comme l’association baptiste à l’origine), une « fédération d’églises » (comme la fédération baptiste) et une « union d’églises » (comme les libristes).

En fait, derrière ces termes, à l’origine, il y a certains choix ecclésiologiques que le nom voulait représenter, voire revendiquer. Par exemple, l’association baptiste portait ce nom parce qu’elle n’entendait pas être autre chose qu’une association d’églises locales. La tradition baptiste est à l’origine très congrégationaliste.

Vous avez dit congrégationalisme ?

Il faut préciser ce qu’on entend par là, parce que le terme a parfois pu lui aussi, perdre de sa substance. Par congrégationalisme, on entend couramment la revendication du fait que chaque église locale s’administre de façon autonome au niveau financier, doctrinal, bref, à tout niveau. C’est ainsi que certains ont compris le congrégationalisme qu’ils revendiquaient.

Mais Alain Nisus nuance quand même sérieusement ce trait :

« Pour les premiers congrégationalistes, le souci premier n’était pas, contrairement à ce qui est souvent répété, l’affirmation de l’autonomie des Églises locales, mais plutôt celle de la souveraineté immédiate du Christ sur l’Église locale. Le congrégationalisme comme mode de gouvernement a été pour eux l’incarnation concrète de cette affirmation. Ils ont jugé que toute structure intermédiaire entre le Christ et l’Église locale nuisait à cette souveraineté immédiate du Christ sur son Église. En fait, les premiers congrégationalistes luttaient contre l’emprise de l’État sur les affaires ecclésiastiques ainsi que [contre] la manière autoritaire dont ils ont jugé que les évêques administraient l’Église à leur époque… »

Le baptisme

Le baptisme, qui est congrégationaliste, est conscient dès son origine de la nécessité des liens entre églises locales, même si la pratique ne l’a pas toujours manifesté chez eux comme ailleurs. Les premiers baptistes ont repris le terme et le thème de « l’alliance ».

Pour eux, l’église locale était une « alliance » entre croyants autour d’une confession de foi, et les églises entraient ensuite en alliance entre elles (autour d’une confession de foi). C’est un modèle d’association qui pouvait d’ailleurs connaître : des ministères translocaux, des ministères qui encourageaient à l’unité doctrinale ou des ministères d’enseignants.

Mais le modèle typique, à l’origine, lequel réagissait à la mainmise de l’Etat, était un modèle associatif (contractualiste), assez peu contraignant au niveau de la structure pour les églises locales. Les relations pouvaient/peuvent être assez informelles. Ce modèle se retrouve dans l’association baptiste, l’AEEI (inter-dépendantes), ou (plus) encore l’alliance baptiste française. Ce modèle garde un fort accent sur l’autonomie, cultive des liens par des pastorales et des relations informelles, même si dans la pratique, certaines églises dans ce courant ont sérieusement nuancé leur « congrégationalisme ».

En effet, on constate par contre que chez nos amis de la Fédération Baptiste, ils ont choisi le nom de « Fédération » ! Une fédération formalise les relations, de sorte que, pour ainsi dire, la Fédération devient un organe en soi qui agit au nom de tous et pour tous : les églises choisissent de mutualiser un certain nombre de choses (c’est variable) de sorte que la Fédération a la légitimité pour prendre un certain nombre de décisions. Par exemple, à la FEEB, il y a un processus de recrutement au niveau de la Fédération : est pasteur de la FEEB quelqu’un qui est passé par leur processus de recrutement et qui a, au moins, l’équivalent d’une licence me semble-t-il. La fédération est tout à fait légitime pour le faire, parce que les décisions ont été prises par une assemblée composée de délégués des églises locales. Dans le modèle fédératif, les églises locales gardent une large autonomie, mais ont délégué certaines fonctions à la fédération… Ca pourrait bien ressembler à des pratiques que l’on connaît chez nous !

Les libristes

Enfin, nos amis libristes, eux, sont encore sur un autre modèle hérité de leur origine Réformée. Les libristes, à l’origine, ce sont des églises réformées qui ont refusé de rester sous la coupe de l’Etat et qui ont choisi d’être
« libres » par rapport au pouvoir politique. Mais, elles ont gardé le modèle « synodal » de l’Eglise Réformée. Ici, les liens avec l’union d’Eglises sont plus forts encore et l’union d’Eglises a une responsabilité et une autorité plus importante que dans une fédération (en théorie !).

Le cas récent des églises Perspectives

Au sein du R-FEF aujourd’hui, Perspectives, depuis la fusion entre Vision France/Chrischona et France Mission, revendique une dimension synodale, l’union d’Eglises ayant une plus grande responsabilité dans l’orientation des lieux de services pour les pasteurs et dans la stratégie d’implantation, par exemple. Mais Perspectives est un exemple intéressant puisque la fusion de deux entités préalables les a obligés à « penser » intentionnellement et explicitement leur modèle ecclésiologique. Si les premiers congrégationalistes ont réagi aux excès de leur temps (la mainmise sur les églises locales), nos frères et sœurs ont voulu corriger certains excès du congrégationalisme. Les choix ecclésiologiques et théologiques restent toujours marqués par le contexte.

Et nous ?

Notre nom c’est « Entente Evangélique des Communautés et Assemblées Evangéliques de France »…
Il n’y a pas forcément, au départ, une réflexion très développée sur les liens entre les églises locales, qui ont longtemps été très informels et pragmatiques :

  • une revue « Servir en l’attendant »,
  • un congrès,
  • puis un « comité national» (CSR).

Il a pu y avoir des liens informels mais forts entre certaines églises (autour d’un «fondateur» par exemple, avec ce que A.Kuen appelait des formes de ministères apostoliques), des liens moins forts ailleurs. On se souvient que ce n’est qu’en 1995 que nous nous sommes structurés juridiquement en… quoi ?
Au départ, cela ressemblait fortement à une association d’églises assez indépendantes.

L’évolution que nous avons connue depuis était en grande partie pragmatique : les besoins administratifs, légaux et financiers, puis spirituels ont conduit à renforcer les liens, à progressivement mutualiser des ressources (recrutement, administration) et à se doter d’un cadre théologique.

Aujourd’hui, nous sommes de facto au minimum une fédération, avec des éléments d’union d’églises.

Que fait-on de tout cela ?

Il me semble que l’on fait déjà un constat : la réalité nous a amenés à des liens plus consistants et substantiels entre les églises locales et nous croyons que l’Esprit nous a conduits ainsi, conformément à la Parole.

Mais on peut aussi faire un constat en creux : notre réflexion théologique sur le sujet a suivi l’évolution des relations entre églises. Elle tend à la valider et la renforcer plus qu’à la contester !
Et c’est très bien, mais ce que je souhaite suggérer, c’est qu’il y a probablement un enjeu à penser théologiquement de façon plus pro-active ce que nous vivons et, en l’occurrence, les relations entre églises parce que si nous avons besoin d’une organisation pertinente pour le contexte aujourd’hui, il doit aussi d’abord correspondre à une juste compréhension de la Parole.

Les pasteurs et théologiens que nous sommes doivent rester à l’écoute  de ce que l’Esprit fait dans l’Église et exercer leur discernement (le vrai sens critique mis en œuvre quand, accueillant le meilleur – ce que Dieu donne –  on ne se laisse pas simplement aller au mouvement général.) 

C’est la condition pour éviter de créer une Babel théologique qui uniformiserait tout et pour demeurer dans l’esprit de Pentecôte, celui d’une construction vivante qui unit le divers et qui se reçoit elle-même à l’écoute de l’Esprit et de la Parole.

Jacques Nussbaumer.

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