Christ bâtit SON église !
Jésus dit : « Je bâtirai mon Eglise » (Matthieu 16.18)
Voilà qui me rassure.
Ce n’est pas ma responsabilité. Ouf !
Christ est le Seigneur de l’Eglise. Quelle joie ! Quelle espérance !
Pourtant ce verset me défie profondément, et plus j’y réfléchis, plus il me bouscule. Qu’est-ce que l’Eglise ? Qui est l’épouse de Christ pour qui Il a donné sa vie ?
La réponse que nous donnons à cette question n’est pas une simple réponse théorique. Elle induit notre participation commune à un projet qui nous dépasse : le projet éternel de Dieu.
En ce sens, et quitte à enfoncer des portes ouvertes, l’Église locale voisine n’est pas juste l’Église d’à côté… C’est l’Église de mon Seigneur.
Et puisque je suis serviteur du Seigneur, la communion et la collaboration ne sont pas optionnelles à mon échelle.
L’Eglise d’à côté, c’est aussi dans une certaine mesure mon Eglise. A minima, c’est celle de mon Seigneur. Cela ne peut pas me laisser indifférent ! Je ne peux simplement pas l’ignorer ou pire la rejeter.
L’Eglise, c’est le corps dont Christ est la tête. Or, si l’image du corps peut être utilisée pour parler principalement de l’Eglise locale en 1 Corinthiens 12, elle concerne clairement l’Eglise Une, l’Eglise au sens large en Ephésiens 1.22-23 et Colossiens 1.18. D’ailleurs, de manière pratique, si par son action une Eglise locale amène des personnes à Christ, c’est le corps entier dans lequel j’ai été moi-même incorporé qui grandit ! De même, quand une Eglise locale passe par des difficultés, c’est le corps tout entier, auquel j’appartiens, qui souffre !
Il y a bien un seul corps.
En même temps, il y a de vraies questions que l’on ne peut négliger. Car, même en reconnaissant la réalité d’un seul et même corps, on ne peut pas faire fondre toute diversité de pratiques et d’opinions dans une grande bouillie sans conviction théologique. Le corps possède des organes bien divers… et il n’est pas toujours simple de faire fonctionner le tout ensemble. Qu’il est étrange pour un œil de se sentir proche d’un pied !
Au sein de l’union d’Eglises, nous sommes traversés par cette réflexion sur l’Eglise Une. Nous voulons le vivre et nous sommes en même temps en face de défis sérieux. Vivre pleinement l’Eglise de Jésus-Christ nous oblige à méditer sur les éléments qui fondent notre identité d’Eglise. Cela nous oblige à penser l’unité, peut être en articulant des « cercles de communion » ou des « espaces de collaboration » plus intenses que d’autres.
Mais, nous ne saurions rompre la communion au sein de l’Eglise Une. Ce serait amputer le corps de Christ. De même, nous contenter d’une indifférence polie des uns envers les autres serait de la négligence du corps, une forme de maltraitance à son égard, alors que c’est le corps du Seigneur. Nous ne pouvons pas non plus confesser une seule Eglise, en Christ, et quasiment ne rien vivre concrètement, ce serait une hypocrisie.
Quel défi concret pour une union !
Même si cela m’est inconfortable pratiquement, et que je ne sais pas forcément comment vivre les choses, théologiquement, je ne peux pas faire autrement que considérer l’Eglise au-delà de sa dimension locale.
Le Dieu trinitaire m’oblige à penser Eglise une.
Je ne suis pas le seul à avoir été élu avant la fondation du monde (cf Eph 1 v4). Dans le projet du Dieu éternel, mon frère, ma sœur et toute l’assemblée voisine ont leur place au même titre que moi.
La Bible m’oblige à penser Eglise une.
Des textes comme Romains 14 sur une question aussi importante que la consommation de viandes sacrifiées, et donc de communion à des démons (cf. 1 Cor 10) demandent aux chrétiens de ne pas perdre de vue leur communion. Je suis très marqué par Paul, qui écrivant aux Corinthiens les qualifie de « saints » (1 Cor 1.1) à cause de leur union à Christ. Pour lui, et malgré tout, l’Eglise de Corinthe fait partie de l’Eglise Une. J’avoue que j’ai du mal avec cette vision des choses… et pourtant je veux me soumettre au texte biblique !
Le salut m’oblige à penser Eglise une.
Christ a donné sa vie pour le salut de son Eglise et la seule condition de le recevoir est la foi en lui. Une foi certes bien orientée, qui confesse une saine doctrine à son sujet, mais qui peut prendre des couleurs variées. Les Églises locales que j’ai visitées à Madagascar, en Corée, au Bénin, en France, en Suisse, en territoire persécuté ou en Italie sont bien l’Eglise du Seigneur prêchant Christ, crucifié et ressuscité, mais elles n’ont pas grand-chose à voir sur la forme, sur les modalités, et même certaines convictions assez profondes (cf. Rm 14)… et pourtant c’est le même Seigneur qui y est honoré ! Dans ce cadre, des choses m’ont joyeusement surpris, d’autres choses m’ont questionné et certaines autres choses m’ont heurté, mais c’est toujours l’Eglise du Seigneur !
L’Esprit m’oblige à penser Eglise une.
Dans toutes ses lettres, en en particulier dans sa lettre circulaire aux Ephésiens et Eglises voisines, Paul indique aux chrétiens qu’ils sont unis aux autres… presque contre leur gré par l’Esprit (Eph 4.1-6), et que unis de fait, ils doivent apprendre à vivre cette unité, même si ce n’est pas simple dans la pratique ! La Pentecôte est un mouvement anti-Babel qui favorise une diversité certaine au sein du peuple de Dieu…
L’espérance m’oblige à penser Eglise une.
Nous allons vivre l’éternité ensemble dans la présence de notre Seigneur. Et cette réalité finale a des incidences sur mon quotidien.
Oui, nous sommes l’Église ! Une Eglise que Christ continue de bâtir, et il nous invite à y prendre part, non pas en se prenant pour des propriétaires d’une partie de cet ensemble, mais comme intendants fidèles de l’ensemble.
Le défi est de taille. Nous sommes invités à y répondre, chacun et ensemble, au niveau local, dans les bassins d’Eglises, en région, dans les ministères translocaux, dans l’union, avec nos partenaires en France mais aussi au Tchad, à Madagscar et au-delà.
Actuellement, le même défi est réfléchi par bien des frères et sœurs, notamment au sein du Réseau FEF. Nous faisons le même constat, l’impératif biblique et théologique de l’Eglise Une est massif, et il n’est pas sans difficultés et questionnements, que nous réalisons bien les uns et les autres.
A bien des égards, nous sommes comme Israël devant la mer au temps de l’Exode, face à nos impossibilités et nous attendons que Dieu ouvre le chemin…
Ce défi, en réponse à l’amour du Seigneur pour tous ses enfants, demande que nous priions, discutions, méditions le texte biblique, et trouvions le juste rythme pour le prochain pas, en discernant les modalités pratiques de ce qu’implique cette vérité théologique de l’Eglise Une. Mais nous ne pouvons plus la cacher ou la négliger.
Heureusement, une certitude demeure : Christ bâtit son Eglise ! Prions que le Seigneur nous dirige et qu’il bâtisse son Eglise non seulement malgré nous, mais avec nous !
Matthieu Gangloff
Président de l’Union des CAEF.